30 janvier 2026
Actualités Juridiques
Focus : Promouvoir le vivre ensemble en ACM : respect, inclusion et diversité
Héritiers des valeurs de l’éducation populaire, les colonies de vacances, centres de loisirs, camps scouts, séjours adaptés, etc. constituent depuis toujours des espaces de rencontre, de brassage social et d’apprentissage de la citoyenneté. Le vivre ensemble en accueils collectifs de mineurs (ACM) ne relève pas uniquement d’une ambition éducative ou militante. Il s’inscrit dans un cadre juridique précis, qui impose aux organisateurs et aux équipes pédagogiques de garantir le respect des personnes, l’égalité de traitement, l’inclusion et la lutte contre toutes les formes de discrimination.
Les ACM, des espaces-temps propices à la rencontre
Les temps de vacances et de loisirs constituent des moments de rupture avec le quotidien. En changeant de cadre, de rythme et de repères, les enfants et les jeunes expérimentent d’autres formes de relations sociales. Les ACM offrent ainsi des espaces-temps singuliers, favorables à la rencontre de l’altérité : d’autres enfants, d’autres jeunes, d’autres adultes, d’autres cultures, d’autres points de vue.
Vivre une expérience collective hors du cadre familial permet aux mineurs de se confronter à la différence, d’apprendre à composer avec des règles de vie en collectivité et de développer leur autonomie. Cette expérience du vivre-ensemble implique nécessairement une tolérance mutuelle et une capacité à vivre avec des personnes qui ne nous ressemblent pas.
La mixité comme levier éducatif et social
La mixité, qu’elle soit sociale, culturelle, de genre ou liée aux situations de handicap, est au cœur du projet éducatif des ACM. Elle participe à la construction de la solidarité, de l’esprit de groupe et du sens de l’action collective. En ce sens, elle constitue un outil majeur de cohésion sociale et de formation des futurs citoyens.
Loin d’être un simple principe abstrait, la mixité vécue au quotidien dans les ACM contribue à l’apprentissage du respect de l’autre, à la remise en question des préjugés et à la reconnaissance de l’égalité en dignité de toutes et tous.
Le cadre juridique du vivre-ensemble en ACM
Le vivre-ensemble en ACM repose sur des principes juridiques issus du droit international, constitutionnel et de la réglementation spécifique aux accueils collectifs de mineurs. Ces principes structurent l’action éducative des organisateurs et des équipes pédagogiques.
Le droit reconnaît à chaque enfant une égale dignité et un égal accès aux loisirs éducatifs, sans discrimination liée notamment à l’origine, au sexe, à la situation sociale, à l’orientation sexuelle ou au handicap. Les ACM participent pleinement à cet objectif en offrant des temps de loisirs, de repos et de vie collective dans des conditions d’égalité.
Le cadre juridique affirme également une finalité éducative forte : préparer les enfants et les jeunes à vivre ensemble dans une société fondée sur la compréhension mutuelle, la tolérance, l’égalité et le respect des différences, conformément aux principes posés par la Convention internationale des droits de l’enfant (articles 2, 29 et 31). À ce titre, les ACM sont des lieux privilégiés d’apprentissage de la citoyenneté.
S’agissant plus spécifiquement de l’accueil des enfants en situation de handicap ou atteints de troubles de la santé, le droit impose une logique d’inclusion, issue notamment de la loi du 11 février 2005 et du Code de l’action sociale et des familles (CASF) (article L. 114-1-1). Il ne s’agit plus d’adapter l’enfant à l’accueil, mais d’adapter l’accueil aux besoins de l’enfant. Cette approche implique pour les organisateurs une obligation de prise en compte des besoins spécifiques dans les projets éducatifs et pédagogiques, ainsi qu’un dialogue renforcé avec les familles.
Le vivre-ensemble en pratique dans les ACM
Vivre-ensemble se construit au quotidien, à travers des pratiques éducatives et des choix pédagogiques. Il n’existe pas de réponses universelles ou de solutions clés en main en la matière. Il appartient à l’ensemble des acteurs de s’interroger en permanence sur leurs pratiques et de faire évoluer leurs approches éducatives, leurs méthodes et leurs outils en se basant sur les expériences de terrain, les situations vécues et les pratiques professionnelles.
- Des projets éducatifs et pédagogiques structurants
L’élaboration du projet éducatif et du projet pédagogique constitue un levier essentiel dans l’accueil inclusif de tous les mineurs, tel que prévu par les articles R. 227-23 et R. 227-25 du CASF. Ces documents doivent permettre d’identifier clairement les objectifs liés au vivre-ensemble et aux mixités, et de prévoir des actions concrètes et adaptées au public accueilli.
- Une équipe d’animation engagée et sensibilisée
Le rôle de l’équipe pédagogique est central. La connaissance fine des mineurs accueillis, l’attention portée aux besoins spécifiques des enfants en situation de handicap, la transmission des savoirs entre animateurs expérimentés et jeunes encadrants, ainsi que la prise de conscience des stéréotypes sont autant de conditions nécessaires à une dynamique inclusive.
La formation, notamment dans le cadre du BAFA, constitue un espace privilégié pour sensibiliser les futurs animateurs aux enjeux du vivre-ensemble et de la lutte contre toutes formes de discriminations.
- Associer les familles
Au-delà de l’obligation réglementaire de communication des projets éducatif et pédagogique aux familles (article R. 227-26 du CASF), l’implication des parents constitue un véritable atout pour la réussite de l’accueil.
En dialoguant avec les familles, les équipes pédagogiques peuvent mieux comprendre les besoins, les habitudes, les goûts, les forces et les éventuelles difficultés de chaque mineur accueilli. Cela permet d’adapter le séjour ou l’activité aux spécificités et aux besoins de l’enfant ou du jeune.
- Créer des espaces et des pratiques favorables à la rencontre
Les mini-camps, les bivouacs, les projets collectifs ou les activités thématiques autour de la citoyenneté, de l’égalité ou de la solidarité constituent des supports privilégiés pour encourager le vivre-ensemble. Jeux, débats, productions artistiques ou activités sportives sont autant d’occasions de déconstruire les préjugés et de favoriser la coopération.
Il appartient également aux équipes d’intervenir sans ambiguïté face aux comportements sexistes, discriminatoires ou excluants, afin de garantir un cadre sécurisant pour toutes et tous.
- Encourager sans contraindre
La mixité ne peut être imposée, elle se vit et s’apprend. Il s’agit de créer les conditions favorables à la rencontre et à la coopération, sans nier les dynamiques spontanées des groupes. Le rôle de l’animateur est d’accompagner, de faciliter et de proposer des situations éducatives permettant aux enfants d’apprendre à se connaître, à agir et à vivre ensemble.
- Donner du sens au vivre-ensemble
Expliquer aux enfants et aux jeunes ce que recouvre le vivre-ensemble est essentiel. Il s’agit d’apprendre à vivre dans un collectif respectueux des règles communes, à trouver sa place tout en respectant celle des autres, à affirmer sa personnalité sans exclure, et à gérer les désaccords sans violence. Le vivre-ensemble en ACM s’inscrit ainsi dans une démarche globale d’éducation à la citoyenneté, fondée sur la reconnaissance de l’autre, l’égalité et la dignité de chacun.
En résumé, le vivre-ensemble en ACM ne se décrète pas : il se construit dans un cadre juridique exigeant, à travers des choix éducatifs réfléchis, des pratiques professionnelles adaptées et une attention constante portée à chaque enfant et chaque jeune.